Mais pourquoi est-ce qu'elle m'énerve autant cette surconsommation programmée des fêtes de Noël ? Pourquoi ne pas s'émerveiller de toutes ces guirlandes lumineuses directement inspirée de la guimauve américaine ? Peut-être parce que, sous le dollar (l'euro, devrais-je dire), sous les paillettes à deux sous, ne se cache plus la magie. Que diable, même le Père Noël, c'est du plastoc, complètement toc !
« Oui, mais Noël, c'est avant tout la fête des enfants », nous dit-on de ci, de là. Tu parles, nos mômes sont devenus de vrais consommateurs à qui le moindre spot de publicité fait tourner le porte-monnaie. Ils rêvent de nouveaux jouets, ils en parlent sans arrêt, rabachent, ils nous agacent, nous harcèlent et l'objet de tant d'attention, de tant d'envie, de tant d'impatience, quelques semaines plus tard, finit abandonné, sous une épaisse couche de poussière. Ils gèrent leur argent de poche comme de véritables requins de Wall Street avant la débâcle, avant le krach...
Que faire face à cette abondance surfaite, à cette mascarade de la société de consommation ? Hécate me souffle, vieille ringarde, rabat-joie : « Que

faire sinon éteindre la TV, sortir quelques outils, des bâtons de colle, quelques craies de couleur, du bois, des beaux papiers ? Que faire sinon refuser toutes les babioles achetées à la va-vite avant que la surconsommatrice d'à côté ne l'arrache de mes mains ? Que faire sinon construire de ses doigts habiles, de son coeur maladroit et de son cerveau débile, le cadeau qui nous ramènera à un temps où l'homme vivait simplement, sans l'artifice de la toute sainte possession ? » Offrons-nous quelque vieille gnôle oubliée à la cave, glissons-nous sous la couette, il y fait si bon ; fabrique-moi un petit songe à ma taille, même un petit peu plus large, pour qu'il ne me serre pas aux entournures et caresse-moi, comme si tu ne me connaissais pas. Aide-moi à m'oublier.