Assurément, c'est une bonne chose que d'avoir interdit le tabac dans les établissements publics, et notamment dans nos bistrots. Bien sûr, tout ce qui enlève une part de liberté à mes concitoyens me fait hisser le pavillon noir et pourtant... Après-midi ensoleillé mais frais, main dans la main avec ma fille, il nous est venu l'idée de partager ce petit moment à deux devant un jus de fruit et un café crème. Nous sommes entrés, un peu penauds. Il faut dire qu'il y avait bien longtemps que nous avions abandonné les lieux aux hommes cheminées et aux boit-sans-soif de tous crins, mais là, nous avons eu le sentiment d'être reçus. Le barman souriant, un vieillard paisible ici, un pilier de bar, la cigarette non allumée à la main, là. Quelques autres à peine entrevus. Nous étions sur un autre territoire, notre Amazonie locale. Un habitué, la canne à la main, est même venu nous saluer d'une poignée de main, ma fille restant quelques temps suspendue à ces doigts amicalement tendus et au « bonjour, mademoiselle » de l'homme, sans trop savoir comment y répondre. « Le monsieur veut te dire bonjour ! ». Alors elle a sorti son beau sourire d'ange et a offert sa menotte. Bizarre pour elle comme cet individu était entré dans notre bulle. C'est aussi ça le bistrot, une bulle plus ou moins étanche, on observe, on est regardé, on participe parfois, volontairement ou non, aux petites scènes de la vie quotidienne qui s'y déroulent, acteur et un peu voyeur. Pensez, j'avais oublié depuis le temps, le troquet, jusqu'à ce jour, c'était pique aux yeux et gratte la gorge.
Alors merci à ces extra-terrestres, à la bouillotte surchauffée par les braseros, qui trépignent sur les trottoirs en attendant le retour des beaux jours et qui nous laissent une petite place, dans un petit coin, là, juste à côté de la baie vitrée.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire